« 14 mai 1840 » [source : BnF, Mss, NAF, 16342, f. 141-142], transcr. Chantal Brière, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.9001, page consultée le 25 janvier 2026.
14 mai 1840, jeudi soir, 8 h. ¾
Mon cher petit bien-aimé, j’ai voulu me peigner et chercher mes cheveux blancs
auparavant de t’écrire, ce qui m’a conduit jusqu’à présent. J’ai eu la visite
de mes deux vieilles amies Eulalie et
Joséphine et je les ai retenues à
souper à la croque au sela, une côteletteb de porc frais, des œufs et voilà. Tu auras ton petit
souper intact et que je te servirai avec bien de la joie. En attendant le
souper qui n’est pas fait, Eulalie travaille pour moi à me faire une petite
garniture de cou avec des morceaux de guipure à moi. Pendant ce temps je
t’écris pour te dire que je t’aime et que je t’adore. Je suis triste de ce que
tu n’es pas revenu une petite goutte dans la journée. Maintenant que tu es
libre tu devrais m’en donner toutes petites miettes qui tombent de toutes tes
heures de liberté, je ne dis pas de loisir car je
sais bien que tu travailles toujours. Pourquoi que tu n’es pas venu
aujourd’hui, méchant ? J’ai payé le bottier tantôt, 47 F.
10 sous, les souliers 7 F. 10 sous, toujours
a-t-il dit.
Voici Résisieux
qui vient me demander le journal mais je ne lui ai pas donné comme tu penses,
du reste elle va remonter pour grugeotter le dîner. C’est mon chat. Tu m’as
vuec bien souffrante tantôt,
mon amour, cela tient à ma tête. J’ai besoin d’air et comme je sors peu le lit
m’est plus contraire et plus fatigantd que si je prenais beaucoup d’exercice. Tu es trop bon
et trop juste pour ne pas te rendre compte de cela et pour m’en vouloir d’une
infirmité qui ne dépend pas de moi. Je t’aime mon Toto, je vous aime mon cher
petit homme. Seulement vous devenez trop élégant. Faut de la vertu pas trop
n’en faut et vous êtes sur la pente d’une élégance forcenée qui nuira à
l’ensemble ravissant de toute votre chère petite personne. Du reste baisez-moi,
ce que j’en dis c’est pour vous et pour vos pauvres effets d’équipements que
vous saccagez d’une manière barbare et féroce. Tâchez de venir tout à l’heure
et songez à ne pas m’échapper cette nuit car je n’entends pas raillerie à ce
sujet.
Juliette
a « croqu’au sel ».
b « cotellette ».
c « vu ».
d « fatiguant ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
ils voyagent sur les bords du Rhin.
- JanvierHugo devient président de la Société des Gens de Lettres.
- MaiLes Rayons et les ombres.
- Mai-aoûtVillégiature à Saint-Prix.
- 11 juinSa sœur Renée épouse Louis Koch (né en 1801).
- 29 août-1er novembreVoyage sur les bords du Rhin et dans la vallée du Neckar.
